samedi 3 septembre 2011

Just another night in Nantes

Quelques constatations sur Nantes :

- Nous avons croisé une agence immobilière qui s'appelle Ataraxia, et tout de même c'est un excellent nom.

- On y trouve le tri-sac, c'est un peu la confrérie du sac poubelle jaune et bleu. Il y a des ambassadeurs, des tickets de rationnement, des journées de rendez-vous (si vous en ratez une, ça peut-être la catastrophe !), on se glisse des sacs sous le manteau. Je suis sûre qu'il en existe de la contrebande.

- Hier soir, nous sommes allés à un festival de jazz (les Rendez-vous de l'Erdre). Sur l'île de Versailles, beaucoup de personnes âgées installées devant une scène, mais pas de musiciens. Nous nous sommes installés avec eux, faisant confiance à leur goût forcément sûr. Au fil du temps, des gens (toujours âgés) ont continué à s'amasser devant la scène, mais toujours sans concert. C'est en les observant que nous avons compris : à n'en pas douter, il s'agissait d'un concert réservé aux personnes âgés (un peu comme les sonneries de portables en ultrasons), que seuls les presbytes et les personnes qui possèdent une mauvaise ouïe peuvent voir et entendre ! Comme quoi, l'innovation ne se trouve pas que dans les capitales.

Modification de l'espace-temps

Depuis 10 jours l'espace s'est étiré, le temps a ralenti, le métro est sorti de terre, le vent s'est levé (et le temps est changeant). Nous avons plongé dans un trou noir et autant vous dire que la vie à l'intérieur y est plus douce. Je recommence à dessiner une nouvelle cartographie, constatant en chemin que je n'ai gardé presque que de l'amertume de ces six ans d'exils - ou plutôt, ma nostalgie concerne peu les êtres humains -. Ça n'effacera pas la tristesse et les regrets, mais je les laisse de côté, loin de mes yeux, dans les mains des autres. En quittant Paris, j'ai perdu plus de choses que je ne l'avais prévu, et si c'est un manque douloureux, j'espère que cela rendra mon terreau plus fertile.

C'est inquiétant et excitant bien sûr, marcher dans des rues qui sont aussi les miennes désormais, mais n'ont encore rien de familier, réfléchir à des ruses pour se faire des amis - névrosés ou psychotiques uniquement, j'ai pris congé des pervers -, observer la ville, humer son air, son vent marin. Il n'y a pas grand chose que j'aime davantage que découvrir une nouvelle ville, la rendre familière, apprendre le nom des rues, comprendre l'organisation de ses axes, découvrir puis construire mon paysage, choisir mes librairies, mes cafés, mes cinémas, mes parcs, ma boulangerie.

J'ai aimé construire Paris ces six dernières années, désormais je construis Nantes.

dimanche 17 juillet 2011

Passer son temps à se décevoir

Ces derniers mois, j'ai passé beaucoup de temps à admettre des choses que je savais mais me cachais consciencieusement. Des trucs douloureux, effrayants, qui me remettent en question. J'apprends à accepter que je me suis menti pendant des années, que j'ai refusé de voir des choses évidentes, de me questionner, d'interroger le comportement de mon entourage. Je mets côte à côte des événements bizarres, des souvenirs désagréables, des moments de malaise et tout se relie dans un mélange écœurant mais évident.

Sans doute parce que je suis inhibée, discrète, et du coup, plutôt à l'écoute, j'ai souvent attiré des personnes volubiles et égocentriques, envahissantes et manipulatrices, à qui je donne un peu malgré moi, l'espace qu'elles recherchent. Et j'en ai assez, je veux des amitiés équilibrées, pas toxiques, juste normales. Pit me dit qu'en changeant, j'apprendrai à aller vers des personnes saines, à éviter les pièges. Mais c'est difficile de se dire que ça tient à nous, pas aux autres, reconnaître que même si je les détectais, j'ai toujours eu une attirance pour les manipulateurs, une sorte de fascination. Alors je prends des notes, j’inscris mes constats et mes interrogations dans un carnet, à l'attention de mon ou ma futur(e) psy. Je changerai.

C'est effrayant de voir le temps qu'il nous faut pour changer, pour accepter le malaise, se dire que l'on n'est pas heureux. J'ai l'impression de passer mon temps à me décevoir ; mais je suppose que c'est un bon point de départ.

vendredi 17 juin 2011

Travailler est un arrachement

Quelquefois, travailler est un véritable arrachement. Je n'ai personne pour me l'imposer, ni bureau, ni ambiance de travail pour me stimuler et une satisfaction plutôt relative. Alors pour rester concentrée, pour m'y plonger, je dois m'extirper de la langueur et de l'errance de mon esprit. Capturer mes pensées pour les enfermer dans le travail, leur interdire de s'éparpiller. Et c'est sans doute le plus dur, ce qui prend le plus de temps : se mettre au travail. Une fois que l'on a démarré, les choses s'organisent naturellement, il nous emporte et capte nos pensées.
Mais ces longues heures d'errance m'épuisent et m'abattent. Je regarde mon écran d'ordinateur, mes papiers, mes carnets et je me sens vidée, sans énergie, sans volonté. J'entends seulement cette petite voix qui me dit de me mettre au travail, qui me rappelle que si je ne travaille pas, je ne gagne pas d'argent, et m'immobilise, me pétrifie au lieu de m'encourager. J'ai bien trouvé un ou deux antidotes, mais il me reste à les apprivoiser eux-aussi.

dimanche 12 juin 2011

La vie n’est qu’une recherche de doudous

Il y a quelques jours, Pit et moi avons fait notre première sortie ensemble au Mcdo. Et tout en se recouvrant les mains de graisses, nous nous sommes dit que le Mcdo, c’est de la bouffe-doudou. Rassurante, accessible, sucrée, douce. Comme les bonbons ou le chocolat d’ailleurs, ou les trucs qu’on mangeait enfant. Tout peut mal tourner, il restera toujours le McChicken et les potatoes.

Les jours suivants, j’ai réfléchi à cette idée et je me suis dit qu’en réalité, il ne s'agit pas que du Mcdo et des bonbons : toute la vie n’est qu’une incessante recherche de doudous. Le passé de Pit est son doudou, mes blocages et l’ignorance de leurs causes sont mes doudous. C’est tellement plus rassurant de s’y reposer, d’en faire des certitudes, des irrévocabilités comme le mcdo, plutôt que lutter contre eux ou de les quitter, d’affronter la nouveauté, l’étranger, le hors-soi. Je crois que ce à quoi on aspire en grandissant et en allant mieux, ce n’est pas à abandonner nos doudous, ni à en trouver de meilleurs, de plus tangibles ou plus actuels, mais c’est à devenir nous-mêmes nos propres doudous.

lundi 6 juin 2011

Il est temps de partir

Il y a un mois, Pit m'a emmenée passer une nuit dans une cabane dans un arbre. C'était magique.

Les retours à Paris me sont chaque fois plus difficiles, un arrachement à la douceur, un plongeon dans un bain d'épines. Comme si j'étais déjà partie, ces derniers jours étaient propices au bilan. Un bilan d'une couleur pastel un peu moche, teinté de mélancolie. Qui dit il est temps de partir, ici, tu ne cherchais pas les bonnes choses. Et celles dont tu croyais te débarrasser la première fois, elles sont toujours là parce qu'elles sont en toi.
Avec les autres, je flotte, mais pas comme un fantôme fluet, je flotte lourdement, je retombe à chaque instant. Je ne suis plus là avec vous, je suis par terre, sous vos pieds et je me demande comme faire pour que vous me voyiez là où je suis, et pas que mon ombre qui se reflète au-dessus de vous.

Je crois qu'on finit par aimer nos inaptitudes, qu'on a besoin de s'enorgueillir de ce que l'on n'arrive pas à faire pour s'en sortir sans. Mais quelquefois, je doute de moi et j'en viens à envier l'aisance des autres, leur facilité à être ensemble, à se parler, à exister au sein du groupe.

La difficulté à se mêler au groupe passe toujours pour du mépris, même aux yeux de ceux qui devraient bien nous connaître. C'est un constat d'échec : on ne pourra jamais vraiment se comprendre. Et c'est si triste.

lundi 2 mai 2011

Je n'arrive pas à rentrer à Paris

Je n'arrive pas à rentrer à Paris, à me remettre au travail, à reprendre ma vie comme je l'avais laissée deux semaines plus tôt. Je flotte, au-dessus de mon travail, je n'arrive pas à réinvestir mon appartement. J'ai pourtant rangé mes affaires, fait des courses, dormi dans mon lit, repris ma place devant l'ordinateur, mais je ne me sens pas encore tout à fait rentrée.

Hier soir, j'avais l'impression de revenir dans un endroit quitté depuis longtemps, un endroit qui fait partie du passé chargé de vieux souvenir mélancoliques. J'étais heureuse de retrouver tous les livres étalés par terre, les chocolats et les poèmes de Ted Hugues et de Sylvia Plath ramenés de Londres, comme lorsque je retrouve de vieux trésors égarés dans ma chambre d'enfant. Mais mon premier réflexe, une fois mes affaires déposées, a été de ressortir. J'ai flâné, traîné dans le vide-grenier de la rue Botzaris jusqu'à ce que tous se mettent à ranger leurs stands, en regrettant de ne pas avoir la place d'héberger une platine vinyle.

Et puisqu'aujourd'hui est journée éternuements (à cause de mon allergie imaginaire), l'envie de fuir et la mélancolie sont plus fortes encore. C'est fou ce qu'on est à l'étroit ici.